25 septembre 2011 : Hommage aux Harkis morts pour la France

Discours de David LISNARD

 

A travers cette journée nationale d'hommage aux Harkis, notre Nation exprime de façon officielle et solennelle la reconnaissance de la France envers les Harkis, envers les forces supplétives, envers les musulmans d'Algérie qui, au cours de la guerre d'indépendance, firent le choix de la France.

A l'appel de la République, ces hommes se sont levés, par loyauté, pour mener un combat difficile et plus qu'incertain, sur leur propre terre face à leurs frères, au sein des Groupes mobiles de sécurité, des groupes d'autodéfense, des sections administratives spécialisées. Ils sont devenus Harkis, Moghaznis, Spahis, Tirailleurs, Assès.

Au sein des forces supplétives, plusieurs milliers d'entre eux ont disparu dans des combats à la violence extrême. Cet après-midi, nous pensons à eux, à tous ceux qui pour avoir poursuivi le rêve d'une Algérie française et s'être battus pour cela ont finalement perdu la vie. C'est leur souvenir qui nous rassemble, c'est leur mémoire que nous honorons.

Je tiens d'ailleurs à associer à notre hommage tous les rapatriés, Pieds-noirs comme Harkis. Quel déchirant paradoxe ont vécu ceux qui ont choisi leur patrie et, pour cela, ont perdu leur terre. Oui, nous leur devons mémoire et respect.

Mais cela suffit-il ?

Rendre hommage aux Harkis, c'est certes reconnaître la part qu'ils ont prise à la défense des intérêts de la France au sein de son ancien Empire ; c'est évidemment saluer leur honneur et leur abnégation. Mais c'est aussi admettre que la France n'a pas été à la hauteur de leur engagement pour elle ; c'est reconnaître la faute de ne pas avoir su leur donner, ni à leur enfants, la place qui aurait dû être la leur sur le continent.

Heureusement, tout ne fut pas noir ; et des villes ont su s'attacher à faire preuve d'attention concrète et de soin, en matière de logement, d'emploi, de formation. Ce fut toujours le cas à Cannes.

Je sais combien de souffrances et de blessures les conséquences de ce conflit ont engendrées dans la chair, le coeur et l'esprit des Harkis, de leurs descendants, comme de tous les Français d'Algérie. Je sais l'injustice que vous supportez depuis des décennies. C'est pourquoi notre pays, la France, doit aller au-delà de la commémoration. La France doit aller au bout de son devoir à l'égard de vos pères et à votre égard.

C'est ma conviction profonde, parce que c'est une question de justice, une question morale, une question de dignité. C'est aussi, j'en suis sûr, la conviction de notre député-maire, Bernard Brochand, que je présente aujourd'hui parmi vous.

Le combat que vous avez mené, ou que vos pères ont choisi de mener, était un combat difficile et courageux qui obligeait au sacrifice. Et la France ne l'oublie pas, bien au contraire, elle témoigne aujourd'hui son attachement à votre communauté de destin. Elle doit poursuivre son devoir de mémoire en défendant l'intégrité et le souvenir de ces combattants, y compris face aux dirigeants Algériens. Car la France ne peut, ne doit, être seule à donner des signes de réconciliation. Elle doit aussi en recevoir de l'Algérie, notamment à l'égard des Harkis. Oui, le respect doit être réciproque.

Mesdames et messieurs, chers amis, en ce jour où dans tous les départements de France, nous rendons hommage aux Harkis, je souhaite de tout coeur que notre pays, la France, prenne pleinement conscience du sacrifice de vos familles et qu'elle soit à la hauteur des risques que ces hommes ont pris pour elle. Que notre hommage ne se traduise pas qu'en paroles, mais qu'il s'inscrive dans la durée, par les actes de la reconnaissance. Et que cette reconnaissance contribue à bâtir un nouveau patriotisme, un nouveau respect du beau drapeau qui nous rassemble, par amour de la France.

Je vous remercie.

 

Au sujet de cet article

25 septembre 2011 - 17 h 47 min

En Action, Non classé, Sur le terrain


Les commentaires sont clos.