Faire le Jobs

"Le décès cette nuit de Steve Jobs fait beaucoup réagir, à juste titre, sur la blogosphère. "Inventeur", "génie", "guide", feu le patron emblématique d'Apple mérite certainement  en tout ou partie d'être désigné ainsi. Mais je crois que le meilleur mot, le plus juste (et à mon sens le plus beau) pour qualifier Steve Jobs est celui d'ENTREPRENEUR.

Steve Jobs restera comme un des plus grands entrepreneurs mondiaux de tous les temps ; de ceux qui imprègnent l'histoire de l'économie, à l'instar des Henry Ford, François Michelin, Akio Morita, ou encore Aristide Boucicaut, Harley Procter, John Rockefeller, Andrew Carnegie, et, pour revenir à notre époque, Bill Gates.

Tous, par un mélange de créativité et de rigueur, d'intuition et d'abnégation méthodique, ont su être des immenses "producteurs de valeur". Ils ont pour cela bouleversé soit un processus de production, soit un mode de distribution, soit un rapport au consommateur, dont ils ont toujours su anticiper les besoins, les attentes, les désirs diffus, transformés à travers la matrice capitaliste en offre commerciale cohérente, génératrice de profit et d'emplois. Et de satisfaction du client.

Evidemment, avec ses partenaires – en premier lieu Steve Wozniak – et ses équipes, Steve Jobs appartient à ce club très fermé des entrepreneurs qui  ont changé le monde. Apple a changé notre paysage quotidien et notre façon de communiquer, d'apprendre, d'échanger.

Entrepreneur car visionnaire. Steve Jobs a pressenti mieux que quiconque l'avènement de "l'âge de l'accès", pour reprendre l'expression de Jeremy Rifkin, qui voit l'individu aspirer de plus en plus à bénéficier de l'usage, à vivre et partager une expérience, un avis et un savoir. Rendre l'usage informatique et numérique, dans toutes ses composantes, facile et ludique, partir du plaisir du consommateur et non de celui de l'ingénieur, ici réside le grand apport du cofondateur de la marque à la pomme.

Entrepeneur car rigoureux. Les fondamentaux financiers n'ont pas été laissés de côté. N'oublions pas que l'histoire de Steve Jobs est celle de l'épopée industrielle d'Apple, société inventive certes, mais aussi au management exigeant et gérée avec l'indispensable précision qui font les grandes capitalisations, les grands profits, les grandes marques durables.

Entrepreneur car audacieux. Steve Jobs a su prendre des risques et faire le pari que "ce qui est beau est acheté". Surtout, il a su se relever de ses échecs et s'en nourrir. C'est une des caractéristiques des entrepreneurs à la fois les plus nécessaires et les moins évidentes dans l'esprit français.

Aujoud'hui, la préoccupation majeure de notre société devrait être de chercher à faire émerger les nouveaux Steve Jobs. Il y en a certainement de potentiels près de chez nous, dans nos dynamiques grandes villes, dans nos attractives campagnes, dans nos banlieues, si porteuses de jeunesse énergique et de talents.

Si vous pleurez Steve Jobs, alors vous devez soutenir ce qui est favorable à la création et au développement d'entreprises, y compris par une fiscalité compétitive. Steve Jobs a existé comme patron génial aussi parce qu'il était à San Francisco et la Silicon Valley, dans un environnement si positif pour l'aventure entrepreneuriale.

Nous devons développer des "écosystèmes" économiques et sociaux générateurs de "fertilisation croisée" et de projets d'entreprises, grâce à la rencontre entre formation, culture, transports en commun, très haut débit, logements pour actifs, bureaux d'entreprises, marketing territorial. La mission des politiques est là.

Favoriser la créativité, donner confiance aux individus pour qu'ils osent tenter, transmettre le goût du risque et en faire une valeur positive, soutenir les porteurs de projet, décomplexer l'échec mais exiger la rigueur dans la mise en oeuvre des projets, former aux métiers de l'entreprise, promouvoir la différence et la liberté individuelles dans le respect des fondamentaux comptables et des valeurs communes, faciliter le financement des projets, bref, encourager la démarche entrepreneuriale, voilà l'exigence de notre époque, si nous voulons sortir de la crise, retrouver de la compétitivité, donner des perspectives à notre jeunesse et une espérance à notre pays.

Pour "faire le Jobs",  faisons de lentreprise la cause nationale du prochain mandat présidentiel." David Lisnard, le 6 octobre 2011

Au sujet de cet article

6 octobre 2011 - 6 h 57 min

Debats


12 Commentaires

  • Sébastien 6 octobre 2011 - 7 h 05 min

    Merci pour cet article. Merci de faire ainsi coller cette actualité aux prochaines échéances électorales. Certains disent vouloir faire de la France un pays d'entrepreneur. Gageons que les Français n'attendront pas la réalisation de telle promesses et auront l'audace d'aller eux mêmes de l'avant.

  • Cyrille 6 octobre 2011 - 7 h 18 min

    Bel article mais la fin me laisse sur ma faim, surtout : " faciliter le financement des projets, bref, encourager la démarche entrepreneuriale". En effet, la difficulté à trouver des investisseurs pour des projets innovants dans l'économie numérique est une réalité dans une région pourtant très novatrice dans ce secteur. 

  • Euzenot-Furiga 6 octobre 2011 - 7 h 32 min

    Cher David je te remercie de n'avoir pas oublié Steve Wozniak qui est celui des deux qui à "fabriqué" les premiers Apple dont le II, le IIE et le IIE+, seul le succès planétaires des PC, grâce à leur inter-compatibilité ont empêché Apple d'aller plus loin. C'est dommage c'est une faute stratégique imputable à Jobs.

    A eux deux (plus quelques milliers d'autres sur la planète, dont sir Sinclair et plus modestement votre serviteur) ils ont rêvé l'impossible et nous l'avons rêvé avec eux châpeau l'artiste (les artistes) et longue vie à Steve Wozniak….
    Maintenant les iApple se vendent aux supermarché, c'est bien, mais l'aventure de la folie est finie, nous sommes devenus raisonnable ! Tant pis ou tant mieux.

  • Gilles 6 octobre 2011 - 7 h 34 min

    une vraie épaisseur dans cette analyse à chaud sur le décés d'un "faiseur".
    pour autant, en faire "la cause nationale du prochain mandat présidentiel" me semble un peu exclusif à la vue des autres gros chantiers prioritaires à mener (éducation, sécurité et santé).
     
       

  • Domin Olivier OLLL 6 octobre 2011 - 7 h 40 min

    Un bel hommage a un entrepreneur de génie, il y a une leçon, la réussite de S Jobs mis a part un génie incroyable , humanisme au regard des salariés d'Apple ainsi que du véritable amour de sa marque. Le premier client fanatique d'Apple fut lui même.
    OLLL/06/10/11
     

  • Jean NEVEUX 6 octobre 2011 - 7 h 55 min

    Merci David pour cet hommage ,en effet cet homme exceptionnel doit etre honoré et doit servir de modele à
    nos jeunes pour entreprendre
     

  • Fabrice 6 octobre 2011 - 7 h 55 min

    Superbe hommage pour reprendre les mots de Frédéric-@lexity!
    Je ne reviens pas sur l'hommage ou les réalisations de ce Patron, les faits parlent d'eux-même et j'aurai l'impression de paraphraser des milliers d'internautes.
    Une simple retenue sur la "cause nationale" du prochain mandat, et sur ce point je rejoins Gilles (éducation & santé sont également primordiaux).
    En revanche, oui à la valorisation (versus la diabolisation actuelle) des Entrepreneurs (pas des financiers, entendons-nous bien), créateurs de valeur, d'emplois, d'innovation… et de rêves pour certains.
    Je reviens sur cette notion d'écosystème que vous évoquez, chère à notre cabinet, qui conçoit l'Entreprise (ou la famille, l'équipe sportive, le parti politique..) comme un système vivant, évoluant au sein de son écosystème. La parfaite compréhension des interactions (internes et externes) permet d'en réparer les dysfonctionnements et d'en pérenniser le fonctionnement.
    Il est donc urgent effectivement d'adopter une vision systémique de nos environnements, de ne plus diaboliser les uns ou stigmatiser les autres, mais de s'attacher à ce qui va réellement créer de la valeur de façon pérenne, partageable par tous (patrons, collaborateurs, fournisseurs, clients, état…) .
    Arrêtons de "rustiner" nos économies (emplois aidés par ci, niches fiscales par là…et cela sans aucune velléité partisane), libérons au contraire les énergies de chacun pour entreprendre (chacun à son niveau, nous ne sommes pas tous des Jobs en puissance)

  • Olivier 6 octobre 2011 - 8 h 00 min

    Bravo !
    [réponse transcrite à partir d'un PC, mais le monde peut encore s'améliorer]

  • Jean-Philippe GREGOIRE 6 octobre 2011 - 8 h 06 min

    Le personnage avait aussi sa part d'ombre : il ne s'est engagé que du bout des lèvres contre l'exploitation des enfants en Chine chez ses propres sous-traitants et l'écologie n'a jamais été sa tasse de thé.
    Pour moi il n'a pas anticipé mais créé des besoins chez les consommateurs. Des besoins d'ailleurs trop souvent en rapport avec le statut de consommateur compulsif, socialement hyper valorisant.
    Ses techniques de marketing (le storytelling, le nudge) ont été reprises par les hommes politiques américains ("yes we can" en est le parfait exemple) et ce n'est pas pour rien, mais finalement les produits Apple ne sont pas vraiment meilleurs que leurs concurrents, et les consommateurs sont en train de s'en rendre compte.
    Il a été un très grand entrepreneur mais sûrement pas un entrepreneur responsable. Il ne croyait pas au développement durable et la meilleure preuve en est la baisse spectaculaire du titre Apple à l'annonce de sa mort : que va devenir son entreprise sans lui ?
    Et j'ajoute que personnellement, je trouve les produits Apple beaux et valorisants, mais technologiquement trop décalés pour mes besoins professionnels qui sont eux purement productifs : un téléphone c'est fait pour téléphoner et un ordinateur pour travailler.

  • Euzenot-Furiga 6 octobre 2011 - 11 h 09 min

    P.S. : Je m'excuse pour les caractères en gras mais mon clavier a bugger.
    J'ajouterai que Steve Wozniak (qui est celui qui "réalisait" dans le réel les rêve de Jobs) est actuellement instituteur en école primaire, immensément riche – grâce à ses actions d'Apple –  il passe son temps à soutenir telle ou telle cause, il élève tranquillement ses 6 enfants et fait de la formation informatique pour les plus démunis, il est également conseil pour une start up de stockage de données. Il dit qu'il n'a plus le goût car le rêve s'est transformé en cauchemar……

  • Nadia Moussalem 6 octobre 2011 - 13 h 12 min

    http://www.youtube.com/watch?v=D1R-jKKp3NA
    la preuve de ton hommage Cher David !

  • MicGen 25 octobre 2011 - 12 h 10 min

    Bravo, pour cet article, pour les entrepreneurs, pour ceux qui créer, qui inventent des marchés nouveaux tout en restant dans le mieux être et les avancées technologique de l’homme. Beaucoup de choses pourraient être dites sur le capital, sur les intérêts financiers et l’exploitation (peut-être) des enfants.

    Ne soyons pas que des insurgés, mais des entrepreneurs. Organisons par des études ergomotrices, les lieux de travail, et réalisons des économie dans ce qui ne sert à rien.