Le combat reprend

C’est une question de décence, je me suis abstenu de réagir, de tweeter, de m’exprimer ces derniers jours. 

Décence humaine par respect des victimes de ces effroyables tueries, respect de leurs familles, respect du deuil. Cela s’appelle la civilisation.

Décence politique ensuite. Comment peut-on s’invectiver, se déchirer, parfois s’insulter entre internautes comme je l’ai lu sur des réseaux sociaux, alors que les évènements dramatiques ,qui sont le déclencheur de ces affrontements, sont en cours ? 

Comment des candidats à la présidentielle ont-il pu, immédiatement après la tuerie de l’école, faire des déclarations politiques liant l’absurdité tragique de cet abominable assassinat au « contexte politique »,  « aux discours de stigmatisation », etc ?

Comment un candidat qui,  annonçant qu’ils suspendait sa campagne mais se voyant déjà chef de l’Etat, a-t-il pu faire des déclarations très générales sur la nécessité d’arrêter le meurtrier pour rester dans le champ médiatique, tout en continuant de dire et de répéter qu’il suspendait sa campagne ?… Et comment des élus et militants ont-ils pu à chaud, immédiatement, commenter et dénoncer ces postures ? Il suffisait d’attendre quelques jours – le temps de décence -.

Alors que le meurtrier présumé a été retrouvé en un temps record par la Police et que continue un « siège » pour l’interpeller (siège nommé sur nos écrans « assaut », qui prend le temps qu’il doit prendre, n’en déplaise aux médias d’information continue,  pressés de ne plus meubler pour ne rien dire au cours de bavardages redondants et de montrer les images du sang final), comment  dès mercredi matin peut-on tout de suite faire des déclarations péremptoires à visée électorale sur un drame non achevé,  en instrumentalisant l’émotion et procédant par amalgame ?

Oui,  comment une telle indécence est-elle possible ? Dire que l’on ne fait plus campagne pendant quelques heures, c’est se taire quelques heures sur tout ce qui a trait à l’affrontement partisan.

Quand je regardais les images et lisais les échanges, non seulement je m’imposais sans peine ce temps de sobriété de l’expression, mais je n’avais simplement pas le cœur à twitter.

Aujourd’hui,  parce que ce meurtrier innommable est cerné, peut-être arrêté ou mort au moment où vous lisez ces lignes, parce que  les enfants et le père de famille sont inhumés, parce que les soldats ont été honorés, parce que la vie est la vie, je reprends le clavier et une forme de combat, à ma petite place de citoyen engagé, d’élu motivé, d’homme passionné.

Ce combat est celui du débat démocratique, des valeurs républicaines, d’un engagement politique à la fois entier et distancié, le combat de l’affrontement des idées et des personnalités, le combat de l’autodérision, de l’humour parfois, bon ou mauvais, du bonheur d’échanger dans un pays libre, notre belle France, le combat de l’amour de son prochain et de l’amour propre. Le combat qui fera que le fanatisme perdra. Le combat pour nos enfants.

David Lisnard, jeudi 22 mars 2012

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22 mars 2012 - 9 h 18 min

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3 Commentaires

  • Ducloy 22 mars 2012 - 9 h 38 min

    Votre texte m a beaucoup emu , je suis entierement d accord sur vos propos , le monde ne tourne pas rond, certains de nos candidats a la presidence ont surffe sur cette vague criminelle en oubliant qu il y a eu des morts, des millitaires francais , des enfants de confession judaique , ils osent dire que  » ce n est pas un fou qui fera plier la republique » mais oublient de dire que derriere tout ceci , des familles , une confession, pleurent leurs morts..
    Votre texte m a tellement emus que je vais le partager avec autant de personnes qui voudront le lire

  • angélique sunsero 22 mars 2012 - 13 h 14 min

    Je comprends tout à fait que cet emballement, justement dénoncé dans ce texte, exige en retour (ou suscite plus exactement)  une  parenthèse silencieuse. La violence a été telle, qu'un peu d'humilité et un minimum de recul s'imposent aux commentateurs d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient.
    Le caractère hors norme de cette attaque conjugué aux réseaux sociaux qui ont l'immédiateté de la poudre, rend caduque la question de savoir s'il est préférable d'avoir tort avec Aron que raison avec Sartre. Aujourd'hui, la question est de savoir à quelle heure?
    Et oui, dès l'annonce de ce drame odieux, certains s'évertuaient à de belles démonstrations mettant en exergue le lien "évident" entre cette violence et un délabrement moral de notre société qui serait  rongée par l'insécurité et minée par un ADN à teneur antisémite.
    Les leçons de bon sens, d'intelligence et de sagesse les plus symboliques nous sont venues d'Israël à travers les déclarations de son premier Ministre et de la Communauté juive de France, à travers les propos de son président pour rappeler que cet acte, aussi violent et dirigé soit-il, n'est pas le reflet de notre société et encore moins le visage de la France.
    A l'heure du dénouement où l'on voit bien que ce criminel était essentiellement un homme seul, dont les crimes ont bouleversé l'ensemble de notre communauté nationale (et les musulmans ont été particulièrement choqués ),  les propos à l'emporte pièce qui tiennent davantage du café du commerce que du commerce de la sagesse, montrent combien il est dangereux de suivre les emballements de l'actualité.
    Oui, nous disposons de moyens de communication d'une extraordianire rapidité. Ils ont un impact sur le rythme de nos émotions et de nos réactions; mais notre réflexion, elle, doit conserver sa maîtrise et sa souveraineté. Cela est encore plus vrai pour ceux dont la parole est publique. Quand on connait le choc des photos, mieux vaut être regardant sur le poids des mots et de fait, sur l'urgence de certains silences.
     

  • Jean-Philippe GREGOIRE 22 mars 2012 - 14 h 27 min

    C'est un tournant évident dans notre relation avec l'islam en France. On a pu remarquer deux faits très significatifs : tout d'abord la condamnation unanime et très émue des autorités représentantes du culte musulman, également les mots très forts du représentant des Palestiniens en France.
    Enfin le refus de l'amalgame musulman / islamiste dans l'immense majorité de l'opinion publique, ce qui me fait penser que M. Merah a totalement raté son objectif de déstabiliser notre société. S’il existe un enfer, je suis bien certain qu’il s’y trouve actuellement.
    Il ne restera de lui qu’une image de meurtrier instrumentalisé par des fanatiques haineux, sectaires et parjures à leur propre religion. Encore un échec patent des islamistes : ça en fait beaucoup depuis 10 ans. La Démocratie sera toujours plus forte que l’obscurantisme, nous le savons tous depuis le siècle des lumières.
    Quant au volet politique, eh bien je dirais que de part et d’autre de vilains mots ont été prononcés. On est toutefois resté dans les limites du tolérable et du jeu médiatique pré électoral, et j’ai personnellement trouvé que Nicolas Sarkozy avait été parfaitement à la hauteur de son métier de Président de la République.