Petites remarques en passant

«
1. AU DELA DE LA REFORME DES RETRAITES.
La réforme des retraites a donc été adoptée, elle sera appliquée. Cela, malgré les manifestations et autres mouvements sociaux récurrents et importants. Malgré aussi la mise en scène d’une opinion publique présentée comme étant hostile à ce projet qui pourrait paraître aussi nécessaire que timide finalement, en comparaison des mesures prises chez nos voisins européens (voir mon précédent article à ce sujet). Quoi qu’il en soit, le principal enseignement à tirer de ces dernières semaines est très positif : la représentation parlementaire, c’est-à-dire la représentation démocratique – la « moins mauvaise » des légitimités -, l’a emporté face à la rue. Que l’on soit de gauche ou de droite, favorable ou hostile à la réforme en question, si on est démocrate, on doit s’en réjouir. Et voilà une situation qui nous change de ce que nous avions connu avec les deux précédents Présidents de la République, dont les renoncements face aux grondements bien souvent organisés par les mêmes groupes d’opinions, politisés et conservateurs (de gauche), transformant les grèves en blocages du pays, avaient hélas affaibli l’autorité de la « Chose publique ».

Pour conclure, je note que les premiers à dénoncer « l’hyper-présidence » de Nicolas SARKOZY ont été aussi les premiers à lui demander de ne pas promulguer la loi sur la reforme des retraites, donc à bafouer la légitimité parlementaire ! Ces démagogues bruyants n’en sont pas à une contradiction près.

2. CLASICO N’EST PAS FRANÇAIS.
L’expression « clasico » a fleuri ces dernières années, d’abord sur CANAL +, puis répétée tous les médias, pour désigner le match de football du championnat de France opposant le Paris Saint Germain à l’Olympique de Marseille. Il s’agit de la reprise hexagonale d’un terme espagnol désignant les affrontements entre le FC Barcelone et le Real Madrid. Or, l’utilisation du terme « clasico » de notre côté des Pyrénées sonne mal. Entendre les matchs OM/PSG désignés par ce mot « clasico », dont la promesse est celle d’un événement haletant et par définition exceptionnel, alors que les deux formations sont depuis longtemps bien moyennes (voire médiocre sur les dix dernières années en ce qui concerne le PSG), et, quoiqu’il en soit, ne structurent pas dans la durée le championnat de France et encore moins évidemment le football européen, a quelque chose de ridicule.

Pour qu’il y ait un « clasico (ou tout simplement en Français un « classique »), il faut réunir les ingrédients suivants : l’affrontement de deux grands clubs, proposant deux grandes équipes, et possédant deux grands palmarès.

Il n’en est rien pour l’OM et le PSG.

3. CANNES TOUJOURS PLUS LA TETE DANS LES ETOILES ET LES PIEDS SUR TERRE.
La signature du contrat IRIDIUM NEXT, avec la réalisation de 81 satellites confiée à Thales Alénia Space, constitue une grande et très belle nouvelle pour le site cannois de ce fleuron mondial de l’industrie aérospatiale. Il peut être utile d’indiquer que, si cette opération, portant sur un montant global de 2,2 milliards de dollars et générant la création de plusieurs centaines d’emplois dont environ 500 sur le site cannois à La Bocca, est possible sur notre commune et y apporte de telles retombées sociales et économiques positives, c’est en grande partie grâce au partenariat noué entre notre municipalité et Thalès Alénia Space (hier Alcatel Space, avant-hier Aérospatial). Ce partenariat s’est traduit notamment par la convention signée entre la société et la commune, portant sur le projet ODYSSEA ; il a vu d’une part la Ville mettre à disposition, sous forme de bail emphytéotique, les 30 000 m² de terrains nécessaires à l’adaptation et à l’agrandissement des salles blanches, des bureaux et des équipements high-tech de l’entreprise, premier contribuable du département, d’autre part la réalisation actuelle d’un pont-rail afin de permettre l’acheminement routier des satellites.

Il s’agit bien en l’occurrence d’une politique de développement économique volontariste de la Ville de Cannes, qui complète celle en faveur du tourisme, au profit des emplois à Cannes, de la formation et des débouchés pour notre jeunesse, rendue plus pertinente et viable par le déploiement en parallèle d’une action forte en faveur du logement des actifs.

4. LE SILENCE DES AGNEAUX.
Le massacre de chrétiens dans une église de Bagdad dimanche 31 octobre allonge hélas la longue liste des persécutions de chrétiens, notamment au Moyen Orient. Coptes « harcelés » en Egypte, exode de 300 000 chrétiens en Irak, humiliations, brimades, incarcérations, parfois assassinats en Somalie, Arabie Saoudite, Corée du Nord, entre autres ; ce quotidien douloureux vécu par nombre de chrétiens dans le monde ne suscite malheureusement et étrangement que très peu d’écho médiatique, d’intérêt du public, en tout cas en France. Je le déplore car voilà un drame qu’il faut dénoncer, un drame en premier lieu pour les populations qui le subissent, mais aussi un drame pour la diversité culturelle, donc la richesse civilisationnelle au vu de leur histoire, de ces régions.

5. BETE DE GONCOURT.
Michel Houellebecq décroche enfin le Goncourt, avec « La carte du Territoire ». Je m’en réjouis, sans ironie au risque de vous décevoir, car il faut savoir apprécier de leur vivant les vrais talents, ceux qui résisteront au temps. Houellebecq est de ceux-là, j’en suis sûr. Par son écriture, par les problématiques qu’il aborde, par son œuvre donc. Certes il sait utiliser les techniques actuelles de promotion ; il n’en est pas moins un écrivain de premier plan. Si on retrouve dans tous ses ouvrages les seules questions – éternelles – qui vaillent et font les grands romans, relatives à l’amour, la mort, la condition humaine, ses livres renvoient aussi dans leur intrigue aux grands thèmes de l’époque, de circonstance dès lors mais possédant leur part d’enseignement universel, que Houellebecq est finalement le seul en France à traiter de façon littéraire et presque méthodique : la procréation artificielle et l’eugénisme, les sectes, le tourisme sexuel, l’euthanasie. J’ai d’ailleurs la conviction forte que « Les particules élémentaires » resteront comme l’ouvrage marquant le passage de la littérature française dans le 21ème siècle. Rien de moins ! Alors, le Goncourt fait vendre ? Tant mieux, cette année, cela sera le livre d’un véritable auteur.

» David Lisnard, le 9 novembre 2010

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7 janvier 2011 - 10 h 47 min

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Un commentaire

  • Capitaine Alexandre 1 décembre 2010 - 18 h 46 min

    Houellebecq

    Je l’avoue, depuis « Plateforme », Houellebecq était devenu pour moi sans grand intérêt. Ses écrits se transformaient peu à peu en une caricature de ce nihilisme « méthodique » et « lapidaire » qu’il maîtrise si bien. J’ai même développé une certaine aversion pour le personnage qui, à mon sens, se délecte secrètement de ce qui en apparence le dégoûte.

    Cependant, cet avis, personnel et certainement péremptoire, a été mis à mal par de nombreux enthousiasmes venus de personnes dont je respecte l’avis et les goûts littéraires. Je me suis donc procuré « La carte et le territoire » et me suis lancé dans une lecture avide et critique.

    Or, à la lecture de ce roman, je ne peux que battre ma coulpe et écrire que ce dernier est un témoignage capital et singulièrement bien écrit sur notre époque. Mais au-delà de son œil froid et acéré – presque clinique – sur notre société, Houellebecq a su également m’émouvoir plusieurs fois. Je veux notamment parler de ces quelques pages où il décrit un père, qui à la fin de sa vie, décide enfin de parler à son fils avec son cœur et ses tripes. C’est trop tard, c’est bouleversant.

    Donc bravo à Houellebecq et merci à ces lecteurs attentifs – dont vous faites partie – de m’avoir convaincu. Sans eux, je serai passer à côté d’un auteur français incontournable en ce début de siècle.

    Capitaine Alexandre